Il est important pour moi de partager avec vous cet article (reproduit in extenso) paru dans le magasine BIOCONTACT du mai 2011. Vous y trouverez tout un dossier consacré au nucléaire “Nucléaire, quel avenir ?”
Michel BERNARD (journaliste à la revue Silence) a écrit :
Je suis en colère parce que l’accident de Tchernobyl n’a pas servi de leçon. Et que l’on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.
Je suis en colère quand j’entends à la radio un haut responsable du nucléaire français nous dire qu’on ne peut remettre en cause le nucléaire : “Personne n’a envie de revenir à la bougie.” Que je sache, dans les pays européens qui n’ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal …), y en a-t-il où l’on s’éclaire à la bougie ? Il n’y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon) … dans seulement 31 pays, tous les autres pays s’en passent.
Je suis en colère quand en 1979, après l’accident nucléaire de Three Mile Island (en Pennsylvanie, aux Etats-Unis), on nous a dit que c’était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l’accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins forts que nous … et que je lis aujourd’hui que les Japonais sont moins forts que nous … De qui se moque-t-on ?
Je suis en colère quand on me dit que l’on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que “plus il est vieux, mieux on connait un réacteur”. Ce n’est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu’elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d’exploser, avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonctionner pour dix ans en février 2011 !)
Je suis en colère quand on nous dit que l’on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C’est oublier que l’électricité n’est pas la principale source d’énergie (c’est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l’on voulait s’arrêter, on pourrait s’appuyer sur une solidarité au niveau de l’Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l’électricité et seulement 9 % de l’énergie ! Il suffirait donc d’économiser 9 % pour s’en passer !
Je suis en colère parce qu’au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques, français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d’énergie, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours au énergies renouvelables. Or l’énergie la plus propre reste celle que l’on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d’années.
Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu’arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l’argent gaspillé … mais les 1.000 milliards d’euros déjà dépensés en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c’est loin d’être terminé), ce n’est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d’euros, c’est sensiblement la somme qu’il a fallu dépenser pour construire l’ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.
Je suis en colère parce que je sais que l’on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu’il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu’on veut bien consentir).
Je suis en colère quand j’entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu’il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée à la suite des récentes décisions du Gouvernement (1).
Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : “A quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer ?” (Et il ne pense pas qu’au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides …)
Alors j’agis, je me suis investi depuis une trentaine d’années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j’incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps de chercher, eux aussi, où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l’importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur Internet nous montrent les réacteurs en flammes ?
Alors j’agis et je m’engage dans l’une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l’énergie (2).
Alors j’agis en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare (3).
Alors j’agis car aujourd’hui, si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c’est parce que nous ne nous indignons pas assez !
(1) Baisse du prix d’achat garanti pour l’électricité produite par le particulier, limitation des installations à 500 MWe (mégawatts électriques) par an alors que l’on a dépassé les 1.000 MWe installés en 2010.
(2) www.sortirdunucleaire.org
(3) www.transitionfrance.fr
La Revue Silence – Gérée par une association indépendante de tout autre mouvement, la revue mensuelle Silence est publiée depuis 1982. Elle se veut un lien entre toutes celles et ceux qui pensent qu’aujourd’hui il est possible de vivre autrement sans accepter ce que les médias et le pouvoir nous présentent comme une fatalité.
Silence – 9, rue Dumenge 69317 Lyon Cedex 04
Tél. : 04 78 39 55 33 – Site : www.revuesilence.net
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En même temps, une information reçue ce jour que je vous transmets également :
Pour Nathalie Kosciusko-Moriset, les associations environnementales ça commence à bien faire !
Par un Arrêté du 12 juillet 2011 signé de Nathalie Kosciusko-Moriset, le gouvernement affiche sa volonté de refermer l’espace de concertation et de participation ouvert par le Grenelle de l’environnement.
Alors que l’esprit des Lois Grenelle 1 et 2 était de renforcer les dispositifs de participation citoyenne dans le cadre des consultations menées sur les politiques de l’environnement, d’améliorer les modalités de suivi du débat public et de permettre une participation plus marquée des associations environnementales, cet Arrêté, publié en pleine période estivale, restreint considérablement les critères de représentativité et de participation des associations environnementales.
Il impose en effet que les associations environnementales, pour pouvoir être membres de certains organismes et participer aux débats publics justifient “d’un nombre de membres à jour de leur cotisation supérieur à 2 000″. Il est également précisé que ces membres devront “être domiciliés dans au moins six régions, dont aucune ne peut regrouper plus de la moitié du nombre total des membres.” Les fondations devront pour leur part, justifier d’un “nombre de donateurs supérieur à 5 000″ et exercer “une activité effective sur plus de la moitié des régions de France”.
En signant cet Arrêté, Nathalie Kosciusko-Moriset a pour évidente finalité d’exclure du débat public et de la représentativité l’ensemble des petites et moyennes associations et ONG. Cela ne doit rien au hasard, car ces organismes souvent dotées d’une forte expertise en raison de leur spécialisation et du caractère limité de leur objet, constituent une arme anti-lobbies particulièrement efficiente. Par ailleurs, cet Arrêté exclue également de fait les associations environnementales locales constituées ad hoc pour lutter contre un projet spécifique.
Europe-Écologie – Les Verts proteste contre de telles restrictions qui portent gravement atteinte à la transparence des débats publics et aux procédures de concertations. Il constate que jour après jour, décision après décision, le gouvernement creuse en matière environnementale un fossé considérable entre le respect de l’une des aspirations majeures de la société civile française et les pratiques publiques effectives.
J’ai déjà reçu une vidéo de Michel Bernard, je partage ses idées, mais je ne sais pas si en France on ne va pas attendre qu’il y ai une catastrophe comme à Tchernobyl pour réagir
se révolter contre les lobby et les profits qui nient et écrasent l’humain et la vie !